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La BD curieuse de Vide-Cocagne

Mardi 28 Juin 2011
Quelques exemplaires des collections Mastadar et Sous le Manteau ! © Karine Parquet
Quelques exemplaires des collections Mastadar et Sous le Manteau ! © Karine Parquet

Depuis sa création en 2003, l’association Vide-Cocagne a bien grandi. Aujourd’hui, le petit éditeur nantais étoffe sa dernière collection de fanzines et se lance dans de nouveaux projets.

Le Pays de Cocagne… voilà une belle évocation pour un jeune éditeur de bandes dessinées. On imagine déjà, ce petit paradis terrestre où il suffit de tendre la main pour cueillir une BD et rêvasser des heures entre les bulles. Une utopie que l’association Vide-Cocagne s’emploie à rendre, depuis huit ans, un peu plus réelle.

La première planche de cette grande aventure se dessine en 2003. Scénaristes, dessinateurs, mais avant tout passionnés de BDs, Fabien Grolleau et Thierry Bedouet ne peuvent que constater l’effervescence artistique qui règne autour d’eux. Les jeunes auteurs plein de talents ne manquent pas. Fabien et Thierry décident de leur offrir un terrain d’expression. Ce sera Quartier, une brochure A3 pliée en douze, tirée à une cinquantaine d’exemplaires et pour chaque numéro, un nouvel auteur. Quartier s’inscrit, en fait, dans la grande tradition du fanzine (contraction de fanatic magazine), ces publications indépendantes à petit tirage. Un peu comme la nouvelle chez le romancier ou le court-métrage chez le réalisateur, c’est à la fois une manière de se lancer avec peu de moyens, mais surtout un art à part entière. « Le fanzine n’est pas cher à produire, explique Emile Chiffoleau, coordinateur du collectif. On va chez le photocopieur et on se le refile de la main à la main ». Quartier verra naître 36 numéros. Et l’envie vient alors de passer à l’étape supérieure.

Emile Chiffoleau, coordinateur de l'association Vide-Cocagne © Karine Parquet

En 2007, la seconde planche des tribulations de Vide-Cocagne s’esquisse donc et c’est au tour de Soudain ! de voir le jour. Un fanzine trimestriel, collectif et militant. Beaucoup plus dense avec 70 pages d’histoires courtes en noir et blanc. Une vingtaine d’auteurs de la région y participeront. « Cette collection nous a vraiment permis de mieux nous faire connaître et d’attirer des auteurs à la réputation grandissante », précise Emile. Vide-Cocagne est alors sélectionné pour le prix du meilleur fanzine au festival d’Angoulême. C’est une première reconnaissance et un pas vers plus professionnalisme. Une évolution qui se concrétise en 2010, avec la sortie d’une première collection imprimée sur du papier de qualité : Mastadar. Un livre réversible avec deux histoires de 28 pages en bichromie. Deux auteurs et un thème commun. « Ce n’est plus un fanzine mais toujours une collection à la sauce Vide-Cocagne », précise Emile. Comprendre : militant. Une BD « de genre », entre science-fiction et fantasy où le point commun de chaque ouvrage est un mystérieux Mastadar que chaque auteur s’approprie, tantôt dieu maléfique, tantôt le résultat d’une expérience scientifique qui tourne mal. Deux albums sont déjà sortis (Forteresse et Invasion) et deux autres sont attendus pour septembre 2011 (Pénitence et Manipulation).

Quelques extraits des premiers exemplaires de la collection Mastadar © Karine Parquet

La dernière création du petit éditeur sonne comme un retour aux sources, avec la sortie d’une nouvelle collection de fanzines : Sous le Manteau !. « C’est assez anachronique pour une jeune maison d’édition, reconnaît Emile. Mais c’était une manière de conserver une actualité éditoriale avec une BD facile à publier. A l’heure où les éditeurs sont de plus en plus frileux, le fanzine permet aussi de conserver une liberté de ton, de mettre en avant une narration et des dessins novateurs ». Tiré à 150 exemplaires, Sous le Manteau ! comprend entre 16 et 32 pages et se vend 3 €. Chaque numéro laisse carte blanche à un auteur. Ainsi, s’y mêlent tous les styles de BD : chronique musicale, reportages, aventures ordinaires, fantastique…

A l’heure des blogs, on s’interroge quand même. Le papier a-t-il un avenir face à ce fanzine moderne qui permet de toucher plus de monde ? Emile n’en doute pas : « La parution papier reste un bon moyen de créer du lien entre le lecteur et l’auteur. Les gens sont vraiment demandeurs d’échanges ». Et c’est bien ce qui motive Vide-Cocagne : l’envie de partager. L’association participe ainsi à de nombreux ateliers auprès des jeunes ou dans des médiathèques. Elle est aussi à l’origine du festival Fumetti dont la seconde édition a eu lieu les 25 et 26 juin dernier. Un festival « gratuit, participatif et festif » où l’objectif est à la fois de mettre en avant les petits éditeurs et auteurs de la région et de créer du lien avec les lecteurs. Cette année, le festival a aussi été l’occasion pour Vide-Cocagne de présenter ses deux nouveaux projets : un magazine collectif et humoristique de 80 pages en noir et blanc, « Alimentation générale », dirigé par Terreur Graphique et leur premier livre jeunesse, « Tartine », un livre de coloriage au format raisin de 10 pages. De quoi régaler petits et grands !

 

Toute l’actualité de Vide-Cocagne est sur leur site. On y trouve aussi, la liste des libraires dépositaires des publications de Vide-Cocagne.

 

 

Rubrique : Littérature / BD

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