Patrimoine

Le passage Pommeraye, galerie marchande du XIXe siècle

Patrimoine · Publié le 2026-10-27

L'entrée du passage Pommeraye surmontée de son enseigne, décorée de sapins rouges et verts pour les fêtes
L'entrée du passage Pommeraye en période de fêtes. Photo : John Samuel, Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0.

Entre la rue de la Fosse, en bas, et la rue Crébillon, en haut, le passage Pommeraye relie deux mondes : le vieux quartier du port et la ville bourgeoise du XVIIIe siècle. Pour franchir le dénivelé, ses bâtisseurs ont imaginé une galerie couverte sur plusieurs niveaux, desservie par un escalier monumental et éclairée par une verrière. Le résultat est l'un des passages couverts les plus singuliers de France.

Une spéculation immobilière devenue monument

Les passages couverts sont à la mode dans les grandes villes européennes au début du XIXe siècle. Paris en compte de nombreux ; Nantes veut le sien. Le projet est porté par Louis Pommeraye, notaire, qui rassemble les terrains nécessaires avec des associés. Les architectes Jean-Baptiste Buron et Hippolyte Durand-Gasselin conçoivent l'édifice, inauguré en 1843.

L'opération est d'abord une affaire commerciale : relier par un raccourci couvert le quartier de la Bourse et du port, en contrebas, aux rues commerçantes du quartier Graslin, et louer des boutiques le long du parcours. Elle s'avère difficile sur le plan financier, et Louis Pommeraye connaît de graves difficultés. Mais l'édifice, lui, traverse le temps.

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La singularité du passage tient à son plan. Le terrain présente une forte différence de hauteur entre la rue de la Fosse et la rue Crébillon. Plutôt qu'une simple galerie plane, les architectes ont superposé plusieurs niveaux reliés par un grand escalier central. Le visiteur monte ou descend au milieu des boutiques, sous une verrière qui laisse entrer la lumière naturelle.

Un édifice protégé

Le passage Pommeraye est classé au titre des monuments historiques depuis 1976 ; sa notice figure dans la base Mérimée du ministère de la Culture. Il a fait l'objet de campagnes de restauration au début du XXIe siècle, qui ont redonné leur éclat à la verrière, aux sculptures et aux boiseries. Il est ouvert au public aux heures d'ouverture des commerces.

Un décor de cinéma

Le passage tient une place particulière dans l'histoire du cinéma. Jacques Demy, cinéaste né en 1931 à Pontchâteau et qui a grandi à Nantes, y tourne des scènes de son premier long métrage, Lola, sorti en 1961, avec Anouk Aimée dans le rôle-titre. Le film, en noir et blanc, fait de Nantes un personnage à part entière, avec ses quais, ses rues et son passage. La médiathèque centrale de Nantes porte aujourd'hui le nom du réalisateur.

Le passage inspire aussi les écrivains et les photographes. Son atmosphère, entre lumière zénithale et pénombre des galeries, en fait un sujet récurrent des images de Nantes.

Le passage dans la ville

Le passage Pommeraye s'inscrit dans le quartier Graslin, aménagé à la fin du XVIIIe siècle à l'initiative du financier Jean-Joseph-Louis Graslin. Autour de la place Graslin et de son théâtre néoclassique, les rues rectilignes et les immeubles de tuffeau témoignent de la prospérité de la ville portuaire de l'époque. En bas, la rue de la Fosse et le quai du même nom rappellent l'activité du port et l'histoire des négociants, y compris ceux qui ont participé à la traite atlantique.

C'est aussi une étape de la ligne verte du Voyage à Nantes, qui le relie au château des ducs de Bretagne et à la butte Sainte-Anne. Plusieurs installations artistiques temporaires y ont été présentées au fil des années.

Conseil de visite

Entrez par la rue de la Fosse pour découvrir le passage en montant : l'escalier se révèle progressivement, et l'on comprend mieux le dénivelé. Évitez les heures de forte affluence commerciale si vous souhaitez observer le décor ou photographier la verrière.

Les passages couverts, une invention du XIXe siècle

Le passage Pommeraye appartient à une famille d'édifices née à la fin du XVIIIe siècle et au début du XIXe : les passages couverts, galeries piétonnes bordées de boutiques et couvertes d'une verrière, qui traversent un îlot pour relier deux rues. Ils offraient aux promeneurs un abri contre la pluie et la boue, un éclairage nouveau au gaz, et un lieu de flânerie à la mode. Paris en a construit plusieurs dizaines ; d'autres villes françaises et européennes en ont édifié quelques-uns. Ce qui distingue le passage nantais, c'est son plan en hauteur, imposé par le relief, et la richesse de son décor sculpté, qui en fait l'un des exemples les plus spectaculaires du genre.

Pourquoi il a survécu

Beaucoup de passages couverts ont disparu en France à la fin du XIXe et au XXe siècle, victimes des grands magasins, des percées urbaines ou de l'abandon. Le passage Pommeraye a résisté, en partie grâce à sa position stratégique entre deux quartiers commerçants, en partie grâce à l'attachement des Nantais. Sa protection au titre des monuments historiques a ensuite garanti sa conservation.

Il illustre une idée qui traverse toute l'histoire de Nantes : une ville qui a su faire de ses contraintes géographiques, ici une pente, là un fleuve, des occasions d'architecture.

Sources

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