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L'île de Nantes, des chantiers navals au quartier de la Création

Patrimoine · Publié le 2026-10-27

La grande grue Titan jaune des anciens chantiers navals sur le quai de l'île de Nantes
La grue Titan jaune, témoin des anciens chantiers navals. Photo : Eusebius, Wikimedia Commons, CC BY 3.0.

Étirée sur plusieurs kilomètres, posée entre deux bras de la Loire, l'île de Nantes a longtemps été le poumon industriel de la ville. On y construisait des navires, on y réparait des locomotives, on y stockait les marchandises du port. Depuis la fermeture des derniers chantiers navals, elle est devenue le terrain de l'un des grands projets urbains de la métropole. Se promener sur l'île, c'est lire un siècle et demi de transformation dans le paysage.

Une île faite de plusieurs îles

L'île de Nantes n'a pas toujours été un seul bloc. Jusqu'au XIXe siècle, la Loire se divisait à hauteur de Nantes en de nombreux bras séparant des îles et des prairies inondables. Les grands travaux d'aménagement du fleuve, destinés à faciliter la navigation et à protéger la ville des crues, ont comblé plusieurs de ces bras et réuni les anciennes îles en un ensemble unique. Des noms de lieux comme Beaulieu, Sainte-Anne ou la Prairie-au-Duc rappellent cette mosaïque d'origine.

Au fil du XIXe et du XXe siècle, l'île s'industrialise : chantiers navals sur la pointe ouest, ateliers ferroviaires, entrepôts, quais de chargement. La partie est, autour de Beaulieu, reste plus résidentielle et accueille au XXe siècle de grands ensembles d'habitation.

Le temps des chantiers navals

La construction navale a fait de Nantes l'un des grands centres industriels de la façade atlantique. Sur la pointe ouest de l'île, les chantiers successifs ont lancé des cargos, des navires militaires, des pétroliers et des sous-marins. Les grandes cales, les nefs couvertes où l'on assemblait les coques, les ateliers de chaudronnerie et les grues dessinaient un paysage aujourd'hui reconnaissable à quelques vestiges.

La crise de la construction navale européenne a conduit à la fermeture des derniers chantiers nantais en 1987. Ce fut un choc social pour la ville, qui a vu disparaître des milliers d'emplois ouvriers et un savoir-faire transmis de génération en génération. Pendant plus d'une décennie, la pointe ouest de l'île est restée une friche.

Ce qui reste du passé naval

Un projet urbain d'une génération

À partir du début des années 2000, la métropole engage la transformation de l'île sur plusieurs décennies. L'aménagement est confié à une société publique locale, la Samoa, chargée de conduire le projet. Un premier « plan guide », conçu par le paysagiste et urbaniste Alexandre Chemetoff, pose les principes : conserver les traces du passé industriel, ouvrir l'île sur la Loire, mêler logements, bureaux, équipements et espaces publics, plutôt que de faire table rase.

Ce choix a donné à l'île une identité particulière. Les anciens rails, les pavés, les bâtiments industriels réhabilités côtoient des immeubles contemporains souvent audacieux. Le parc des Chantiers, le long du fleuve, est devenu l'un des lieux de promenade préférés des Nantais.

Le quartier de la Création

À l'ouest de l'île, les anciennes halles industrielles Alstom ont été reconverties pour accueillir des établissements d'enseignement supérieur et des activités liées à la culture, au design et au numérique, dont l'école des beaux-arts de Nantes Saint-Nazaire. Ce secteur, baptisé quartier de la Création, illustre la volonté de faire de l'économie créative un moteur de la ville. Une salle de musiques actuelles et d'arts numériques, Stereolux, est également installée sur l'île, sur le site des anciens chantiers.

Plus à l'ouest encore, le chantier du nouveau CHU de Nantes doit regrouper sur l'île une grande partie des activités hospitalières aujourd'hui réparties sur plusieurs sites, ce qui transformera durablement la vie du quartier.

L'art dans le paysage

L'île de Nantes porte plusieurs œuvres pérennes issues de la biennale d'art contemporain Estuaire, qui s'est tenue entre Nantes et Saint-Nazaire à la fin des années 2000 et au début des années 2010, puis du Voyage à Nantes. Les plus connues sont Les Anneaux de Daniel Buren et Patrick Bouchain, une série d'anneaux lumineux alignés le long du quai des Antilles, qui encadrent la vue sur la Loire et s'illuminent la nuit.

BaladeUn itinéraire simple : partir de la station de Busway « Île de Nantes », rejoindre les nefs et la grue jaune par le parc des Chantiers, longer le quai des Antilles jusqu'aux Anneaux et au hangar à bananes, puis revenir par la passerelle Victor-Schœlcher vers le centre.

Vivre sur l'île aujourd'hui

L'île compte désormais des quartiers d'habitation récents, des écoles, des commerces et de nombreux bureaux. Comme le rappelle notre guide où habiter à Nantes, c'est l'un des secteurs où l'offre de logements neufs est la plus importante à proximité immédiate du centre. Les ponts restent cependant des points de passage obligés, et la circulation y est dense aux heures de pointe.

La transformation n'est pas terminée. Les secteurs sud-ouest et le pourtour du futur hôpital doivent encore évoluer pendant plusieurs années. Pour qui s'intéresse à l'urbanisme, l'île de Nantes reste ainsi un laboratoire à ciel ouvert, où l'on peut observer comment une ville réinvente un territoire industriel sans en effacer la mémoire.

Sources

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