Loire et histoire

Jules Verne à Nantes : sur les traces de l'enfance d'un écrivain

Loire et histoire · Publié le 2026-10-27

La maison bourgeoise du XIXe siècle qui abrite le musée Jules-Verne sur la butte Sainte-Anne à Nantes
Le musée Jules-Verne, butte Sainte-Anne. Photo : Jibi44, Wikimedia Commons, CC BY 2.5.

Avant de faire voyager des générations de lecteurs au centre de la Terre, sous les mers ou autour de la Lune, Jules Verne a grandi au bord de la Loire, dans un grand port où les navires partaient pour les Antilles et l'Afrique. Nantes, sa ville natale, a nourri son imaginaire de quais, de voiliers et de récits de marins. On peut encore y suivre ses traces, de l'île Feydeau à la butte Sainte-Anne.

Une enfance sur l'île Feydeau

Jules Verne naît le 8 février 1828 à Nantes, sur l'île Feydeau, alors entourée par les bras de la Loire. Son père, Pierre Verne, est avoué ; sa mère, Sophie Allotte de La Fuÿe, est issue d'une famille de la bourgeoisie nantaise liée à la mer. Aîné de cinq enfants, Jules grandit dans un quartier d'hôtels particuliers construits au XVIIIe siècle par les armateurs et les négociants enrichis par le commerce maritime, dont la traite atlantique.

L'île Feydeau n'est plus une île aujourd'hui : les bras de la Loire qui l'entouraient ont été comblés dans la première moitié du XXe siècle. Mais ses façades de tuffeau aux balcons de fer forgé et ses mascarons sculptés, ces visages qui ornent les clés des fenêtres, se voient toujours en se promenant entre le cours Olivier-de-Clisson et la place de la Petite-Hollande.

La famille s'installe ensuite quai Jean-Bart, sur le port. De ses fenêtres, l'enfant voit passer les navires et entend les récits des capitaines. L'été, les Verne séjournent dans une maison de campagne à Chantenay, alors commune voisine en bord de Loire, où le jeune Jules observe le trafic du fleuve.

La légende du mousse

Une anecdote célèbre, rapportée par la tradition familiale, raconte qu'à onze ans le jeune Jules aurait tenté de s'embarquer comme mousse sur un navire en partance pour les Indes, avant d'être rattrapé par son père. Les biographes la considèrent avec prudence : elle a peut-être été embellie après coup. Elle dit cependant quelque chose de vrai sur l'attraction qu'exerçaient le port et le large sur un enfant nantais de l'époque.

Le départ pour Paris

Destiné par son père à reprendre l'étude d'avoué, Jules Verne part à Paris en 1848 pour poursuivre des études de droit. Il y fréquente les milieux littéraires et théâtraux, écrit des pièces et des livrets, et se passionne pour les sciences et la géographie. Sa rencontre avec l'éditeur Pierre-Jules Hetzel est décisive : en 1863 paraît Cinq semaines en ballon, premier de la série des Voyages extraordinaires, qui comptera plusieurs dizaines de romans.

Verne s'installe ensuite à Amiens, ville de son épouse, où il vit jusqu'à sa mort, le 24 mars 1905. Il revient à Nantes pour des séjours familiaux, et la ville reste présente dans ses souvenirs et dans certains de ses livres, à travers les personnages de marins, d'armateurs ou de notaires, et l'importance donnée aux ports et aux fleuves.

Le musée Jules-Verne

La Ville de Nantes a ouvert en 1978, pour le cent-cinquantième anniversaire de la naissance de l'écrivain, un musée qui lui est consacré. Il est installé dans une maison bourgeoise du XIXe siècle, sur la butte Sainte-Anne, à Chantenay, dans un quartier que Verne a connu. Le musée présente des éditions originales, des manuscrits, des affiches, des jeux et des objets inspirés de son œuvre, et évoque ses sources d'inspiration.

Le belvédère voisin offre l'une des plus belles vues sur la Loire, les quais, l'île de Nantes et les grues des anciens chantiers. C'est un lieu idéal pour comprendre le paysage qui a façonné l'imaginaire du romancier. Le musée fait partie de la ligne verte du Voyage à Nantes.

Les collections de la bibliothèque municipale

La bibliothèque municipale de Nantes conserve un important fonds consacré à Jules Verne : éditions, manuscrits, correspondances et documents, enrichis au fil des acquisitions. Une partie est numérisée et consultable en ligne, ce qui fait de Nantes l'un des lieux de référence pour les chercheurs et les passionnés. Notre article sur les médiathèques nantaises présente le réseau de lecture publique de la ville.

Jules Verne dans la ville d'aujourd'hui

L'empreinte de l'écrivain dépasse le musée. Les Machines de l'île revendiquent sa filiation, avec leurs créatures mécaniques et leurs voyages imaginaires. Un lycée, des rues et de nombreux lieux portent son nom. Des parcours et des événements lui rendent régulièrement hommage, et ses romans sont adaptés au théâtre, au cinéma et en bande dessinée.

  1. L'île Feydeau : se promener entre le cours Olivier-de-Clisson et la rue Kervégan pour voir les façades d'armateurs et les mascarons.
  2. Le quai de la Fosse : longer les anciens quais du port vers l'ouest, là où les navires accostaient au XIXe siècle.
  3. La butte Sainte-Anne : monter jusqu'au belvédère et au musée Jules-Verne, puis redescendre vers Chantenay.
  4. L'île de Nantes : traverser la Loire pour finir aux Machines de l'île, en Navibus ou par les ponts.

Une œuvre née d'un port

On présente souvent Jules Verne comme un visionnaire de la technique. On oublie parfois qu'il était d'abord un enfant de port, fasciné par les bateaux, les cartes et les voyages. L'estuaire de la Loire, ouvert sur l'Atlantique, a été sa première fenêtre sur le monde. Relire ses romans à Nantes, c'est mesurer combien la géographie d'une ville peut façonner un imaginaire.

Sources