La cathédrale Saint-Pierre-et-Saint-Paul de Nantes : 457 ans de chantier, deux incendies et un tombeau ducal

Place Saint-Pierre, à l'est du centre, la cathédrale de Nantes se voit de loin avec ses deux tours carrées sans flèche. Elle a mis plus de quatre siècles à sortir de terre, a traversé la Révolution, les bombardements de 1944 et deux incendies, dont celui de juillet 2020. Elle garde pourtant une grande unité de style, une nef parmi les plus hautes de France et l'un des chefs-d'œuvre de la sculpture du début du XVIe siècle. Voici comment la lire.
Un chantier de 1434 à 1891
Un lieu de culte chrétien existe à cet endroit depuis l'Antiquité tardive, adossé à l'enceinte gallo-romaine de la ville. Une cathédrale romane l'a précédée, dont il subsiste une crypte. L'édifice actuel naît d'une décision politique autant que religieuse : le 14 avril 1434, le duc de Bretagne Jean V et l'évêque Jean de Malestroit en posent la première pierre. Pour le duché, qui affirme alors son indépendance, une grande cathédrale gothique est aussi une manière d'afficher son rang.
Le chantier commence par l'ouest. Il est conduit d'abord par Guillaume de Dammartin, puis par Mathurin Rodier. Le portail central est achevé en 1481, les tours en 1508. La nef et ses bas-côtés sont montés au début du XVIe siècle, mais la voûte de la nef, le bras sud du transept et les arcs-boutants ne sont terminés qu'au XVIIe siècle. Le reste attend : à l'est, les remparts de la ville bloquent toute extension, et l'ancien chœur roman continue de servir.
Il faut la démolition des murailles pour reprendre les travaux. Le bras nord du transept et le chevet sont entrepris à partir de 1840, le vieux chœur roman est abattu à partir de 1876, et la cathédrale est inaugurée le 25 décembre 1891. Quatre siècles et demi séparent donc la première pierre de la dernière. Le XIXe siècle a prolongé le dessin gothique au lieu d'imposer le goût de son temps, d'où l'unité de l'ensemble.
La façade et ses cinq portails
La façade occidentale, encadrée par deux tours massives terminées en terrasse, est la partie la plus ancienne et la plus ornée. Elle s'ouvre par cinq portails : trois au centre et deux sur les côtés. Du nord au sud, ils sont dédiés aux Enfants nantais (les martyrs Donatien et Rogatien, patrons de la ville), à saint Pierre, au Jugement dernier, à saint Paul et à saint Yves. Les voussures, ces arcs concentriques qui encadrent chaque porte, sont couvertes de petites scènes sculptées qui racontent l'histoire du saint concerné ; elles se lisent de bas en haut.
Un détail surprend souvent : une chaire de pierre placée à l'extérieur, sur la façade, d'où l'on pouvait prêcher à la foule réunie sur la place. La façade a été restaurée et son décor du XVe siècle reconstitué lors d'une longue campagne achevée en 2008 ; c'est ce qui lui donne aujourd'hui sa teinte claire, alors que les photographies plus anciennes la montrent noircie.
Une nef plus haute que celle de Notre-Dame de Paris
En entrant, c'est la hauteur qui frappe. Sous la voûte, la nef culmine à 37,5 mètres, contre 33 mètres pour Notre-Dame de Paris, pour une longueur intérieure de 103 mètres. La pierre claire et les nervures qui montent d'un trait jusqu'aux voûtes accentuent l'élan vertical. Les lustres de la nef, réalisés vers 1870 par l'orfèvre François Evellin, sont eux-mêmes protégés au titre des monuments historiques.
L'édifice est classé monument historique depuis 1862. Sa notice dans la base Mérimée, consultable sur la plateforme ouverte du patrimoine du ministère de la Culture, en résume l'histoire et la protection. L'État est propriétaire de l'édifice, comme de la plupart des cathédrales françaises : c'est lui qui finance et conduit les grands travaux.
Le tombeau de François II et de Marguerite de Foix
Dans le transept repose l'œuvre la plus célèbre de la cathédrale : le tombeau du duc François II de Bretagne et de sa seconde épouse, Marguerite de Foix, les parents d'Anne de Bretagne. C'est Anne qui le commande pour l'église des Carmes de Nantes. Le dessin est attribué au peintre Jean Perréal ; la sculpture, en marbre, est l'œuvre de Michel Colombe, qui y travaille de 1502 à 1507.
Les deux gisants reposent côte à côte, entourés des douze apôtres et de saints dans des niches. Aux quatre angles se tiennent quatre grandes figures féminines, les vertus cardinales : la Justice, la Force, la Tempérance et la Prudence. Cette dernière est la plus commentée : elle a deux visages, celui d'une jeune femme qui se regarde dans un miroir et, à l'arrière de la tête, celui d'un vieillard barbu, image de la sagesse qui voit le passé et l'avenir. Le monument mêle tradition gothique française et motifs de la Renaissance italienne.
Démonté pendant la Révolution, quand l'église des Carmes est vendue puis détruite, le tombeau est installé dans la cathédrale en 1817. Il a échappé de peu aux flammes en 2020. Pour comprendre qui étaient François II et Anne de Bretagne, la visite se complète bien par le château des ducs de Bretagne, à quelques minutes à pied, où le duc a fait bâtir le Grand Logis.
Le cénotaphe de Lamoricière et les cryptes
Un second monument funéraire répond au tombeau ducal : le cénotaphe du général Christophe Louis Léon Juchault de Lamoricière, né à Nantes, sculpté par Paul Dubois et érigé en 1878. Un cénotaphe est un tombeau vide : le général est inhumé ailleurs. Comme pour François II, le défunt est représenté en gisant, veillé par des figures allégoriques.
Sous le chœur, la cathédrale compte deux cryptes. La plus ancienne, romane, date du XIe siècle et appartenait à la cathédrale précédente ; on y voit des objets du trésor, calices, ciboires et crosses d'évêques. La seconde, beaucoup plus vaste, a été creusée au XIXe siècle pour porter le nouveau chœur ; ses salles retracent l'histoire de l'édifice.
1972 : la charpente part en fumée
Les bombardements du 15 juin 1944 endommagent la cathédrale, notamment l'abside et plusieurs chapelles. Les travaux de restauration sont presque terminés quand, le 28 janvier 1972, un incendie accidentel se déclare dans les combles, au cours de travaux de couverture. La charpente est en grande partie détruite. Elle est remplacée par une structure en béton, et seuls les liteaux qui tiennent les ardoises restent en bois. La restauration dure jusqu'en 1985 ; le chœur, entièrement réaménagé par les architectes Jean-Marie Duthilleul et Benoît Ferré, n'est inauguré dans sa forme actuelle qu'en mai 2013.
2020 : le grand orgue détruit, puis la réouverture
Le 18 juillet 2020 au matin, un nouvel incendie éclate. Trois départs de feu sont repérés, ce qui oriente aussitôt l'enquête vers un acte volontaire ; un bénévole du diocèse reconnaît les faits quelques jours plus tard et sera condamné en 2023. Le feu détruit le grand orgue de tribune, dont l'origine remontait à l'orgue construit par Jacques Girardet en 1619, refait à neuf par François-Henri Clicquot en 1784, ainsi que des vitraux de la façade et plusieurs œuvres, dont un tableau d'Hippolyte Flandrin. Le préjudice est évalué à plus de 40 millions d'euros.
Après cinq ans de fermeture et de travaux, la cathédrale a rouvert au public le 27 septembre 2025. Les chantiers ne sont pas tous terminés pour autant : certaines parties peuvent rester inaccessibles, et la reconstitution de ce qui a été perdu prendra encore du temps.
La visite, mode d'emploi
- Commencer par la place Saint-Pierre et prendre le temps de lire la façade de loin, puis de près : la chaire extérieure, puis les voussures des portails, de bas en haut.
- Remonter la nef en regardant vers les voûtes, puis se retourner vers la tribune occidentale, où se trouvait le grand orgue.
- Gagner le transept pour le tombeau de François II : faire le tour du monument pour voir les deux visages de la Prudence.
- Chercher ensuite le cénotaphe de Lamoricière, puis, s'ils sont ouverts, descendre dans les cryptes.
- Ressortir par le chevet et rejoindre le château par la rue Mathelin-Rodier ou la porte Saint-Pierre, vestige des remparts qui ont si longtemps empêché d'achever l'édifice.
La cathédrale est d'abord un lieu de culte : on évite la visite pendant les offices et l'on consulte, avant de venir, les horaires et les éventuelles fermetures liées aux travaux. Le quartier est desservi par le Busway, dont nous racontons la naissance dans notre article sur le tramway de Nantes. Pour élargir la promenade aux lieux de culte plus récents de la ville, voyez notre visite de la mosquée Assalam, à Malakoff.
Sources
- Ministère de la Culture, base Mérimée (plateforme POP), notice PA00108654, « Cathédrale Saint-Pierre et Saint-Paul », Nantes, consultée le 4 novembre 2026.
- Ministère de la Culture, base Palissy, notices des objets mobiliers protégés de la cathédrale (lustres de la nef, orgue de chœur, crosse de l'évêque Fournier).
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